L’Aiguillon-sur-Vie 1925 – 1945 Gusen

Résistant – Déporté

Né le 13/05/1925 à L’Aiguillon-sur-Vie (85) – France
Matricule : 53935

AVANT LA DÉPORTATION : Lieu de résidence : La Roche-sur-Yon (85) – France
Profession : Employé de préfecture

DÉPORTATION : Lieu de départ : COMPIÈGNE, le 22/01/1944 – BUCHENWALD, le 24/01/1944 MAUTHAUSEN, le 25/02/1944 – Les déportés arrivés de Buchenwald le 25 février 1944 PARCOURS AU SEIN DU COMPLEXE CONCENTRATIONNAIRE : AFFECTATION AU CAMP CENTRAL ET KOMMANDOS EXTÉRIEURS : STEYR, le 08/03/1944 : GUSEN, après le 23/01/1944

DÉCÈS : GUSEN, entre le 23 et le 25/05/1945 décédé peu de temps après la libération (à 20 ans).

Rogatien est né le 13 mai 1925 à l’Aiguillon sur Vie (Vendée) d’une famille de petits commerçants, comprenant 14 enfants. D’une grande intelligence, ayant la volonté de s’instruire, ses parents se sacrifièrent pour lui faire suivre des cours supérieurs au collège de Luçon. Reçu au brevet élémentaire en 1941, il sollicite et obtient une place à la préfecture, comme secrétaire comptable au bureau départemental des Charbons.
Son chef distingue immédiatement en Rogatien un jeune homme très intelligent, discipliné, travailleur acharné, entièrement dévoué et il n’hésite pas à lui confier les services importants de la recherche et de l’évaluation des besoins des diverses industries ou commerces (travail ardu qu’assurait précédemment un directeur d’école réfugiés des Ardennes).
Rogatien écoute les conseils, les suit à profit. C’est un employé modeste, ne faisant pas état de sa valeur. Il s’informe, s’instruit et prend note de tous les rouages administratifs. Son chef estime qu’après quelques années de travail attentif, il pourra se présenter au concours pour rédacteurs des préfectures. Rogatien était l’enfant chéri du bureau, quel brave garçon !
Après le baptême de son 14ème frère par Monseigneur Cazaux, il parle de sa famille avec tant de piété filiale et de ferveur qu’il montre avec joie et fierté les photographies de la cérémonie. Viennent les moments des vacances. Rogatien demande comme une faveur de faire coïncider ses congés avec les époques des moissons et des vendanges pour aider sa famille dans les travaux de la campagne… Ces traits de courage et de dévouement familial méritent d’être montrés en exemple aux jeunes sur qui la France fonde des grands espoirs pour son relèvement.
Ame d’élite, jeune mais surtout ardent patriote, à l’appel du Général de Gaulle, Rogatien Mornet ne tarde pas à s’enrôler avec son camarade de bureau Gaston Marceteau dans cette phalange clandestine des vrais résistants.
D’une santé robuste, excellent cycliste, brave à tous crans, Rogatien accomplit des prodiges dans les opérations de parachutage. Il passe souvent des nuits presque complètes aux aguets, ce qui ne l’empêche pas d’être à son travail dans la journée et même avec le sourire lorsque les opérations ont été fructueuses.
Au bureau des charbons il recevait souvent la visite de M Soubeyran, véritable chef des résistants. Ce dernier m’a assuré que mon jeune employé était un des meilleurs et des plus ardents pour les parachutages et les missions périlleuses.
Le 14 juillet 1946, au cours de l’inauguration au village de La Couture (Vendée) d’une plaque commémorant les parachutages qui eurent lieu à cet endroit ; le chef de l’équipe Marcel Penchaud et son coéquipier Désiré Moizand firent l’éloge de Rogatien Mornet et saluèrent son activité inlassable dans tous les parachutages à la Couture et à la Brionnière d’Aizenay. En particulier ils sont rares ceux de l’âge de Rogatien qui ont eu une aussi brillante conduite dans la clandestinité.
Arrêté et déporté le 2 septembre 1943, ce jeune et fervent patriote dut subir les tortures et les souffrances qui entraînèrent sa mort d’épuisement le 23 mai 1945 dans une formation américaine à Stein en Autriche, où il venait d’être recueilli après la libération.
Son souvenir restera gravé dans tous les coeurs des vrais Français qui l’ont connu. Rogatien Mornet nous lègue un exemple de trois hautes vertus principales entre beaucoup d’autres :
– Son travail opiniâtre
– Sa piété filiale
– Son ardent patriotisme.

Le chef du bureau départemental bois et charbon.
M Georges Pépin

9ème légion des compagnies de la Vendée, Section de LA ROCHE SUR YON
11.460 du 12 juin 1947
Procès-Verbal
Renseignements administratifs
MORNET ROGATIEN
Mort en déportation

GENDARMERIE NATIONALE
Ce jour douze juin mil neuf cent quarante-sept à seize heure,
Nous soussignés Herbreteau et Fleurisson Robert gendarmes à la résidence de la Roche sur Yon Vendée rapportons les opérations suivantes que nous avons effectuées en uniforme et conformément aux ordres de nos chefs.
Le 12 juin 1947 à quatorze heure en visite de commune et agissant en d’une demande d’enquête émanant de la direction départementale de la Vendée des anciens combattants et victimes de la guerre, en date du 6 juin 1947à l’attribution du titre « Morts pour le France » à Mornet Rogatien décédé en déportation à Mauthausen – Autriche – le 23 mai 1944, nous avons recueilli les renseignements suivants.
Monsieur Pépin Georges, 68 ans, directeur du service des bois et charbons à La Roche sur Yon demeurant 26 boulevard Aristide Briand, même ville, déclare à son bureau de travail que Mornet Rogatien a été arrêté par la gestapo le 20 septembre 1943. C’était un ardent patriote qui appartenait à une phalange clandestine des vrais Français.
Il a participé à de nombreuses opérations de parachutages dans les environs de la Couture et dans la forêt d’Aizenay. Il était d’une santé robuste et brave. Employé à mon service, il n’hésitait pas à passer ses nuits au service de la résistance ce qui ne l’empêchait pas d’être exact à son service le lendemain matin.
Je précise que les agents de la Gestapo ont arrêté Rogatien dans son bureau, en plein travail, après avoir fouillé tous les tiroirs dans ses tables, sans pouvoir l’affirmer, il paraît que Rogatien Mornet figurait sur la liste des résistants que possédait le fils de l’Amiral Grandclément de Bordeaux, ce dernier ayant communiqué celle-ci aux allemands.
A l’appui de sa déclaration, M Pépin a tenu à nous remettre la lettre que nous joignons à la première expédition de notre procès-verbal. Monsieur Moizan Désiré, 45 ans, rédacteur au ravitaillement général à La Roche sur Yon, demeurant en cette ville, 20 rue Président de Gaulle, déclare à son bureau de travail : « Mornet Rogatien travaillait au bureau des bois et charbons et faisait partie du réseau de résistance Centurie. Il a participé aux parachutages de la Couture et de la forêt d’Aizenay. C’était un patriote jeune et plein d’allant, il a été arrêté le 2 septembre 1943, alors qu’il était à son travail. Déporté aussitôt il n’est jamais revenu ».
Lecture faite persiste et signe.
Marceteau Gaston, 24 ans, secrétaire de la Fédération Nationale des déportés-victimes-résistants et patriotes de La Roche sur Yon, demeurant en cette ville 8 rue de la Marne entendu à son domicile déclare : « Je connaissais Rogatien Mornet avant son arrestation. J’ai été arrêté le même jour que lui : le 2 septembre 1943. Comme moi il appartenait au réseau de Résistance Centurie. Nous avons participé ensemble aux opérations de parachutages de la Couture et de la forêt d’Aizenay. Connu pour un fervent résistant, il a été comme moi dénoncé à la Gestapo ».
Lecture faite, persiste et signe.
Deux expéditions : la première au Ministre des anciens combattants et victimes de la Guerre, Direction Départementale de la Vendée – la deuxième aux Archives.